Benoit Pouplard
Je compose une céramique expérimentale au sens ou John Cage l’entendait : « est expérimentale la musique dont on ne sait pas ce qu’elle va devenir au moment où on l’exécute»
Il est un lieu où le monde semble retenir son souffle. Un lieu sans contours, aux frontières floues entre l’eau, la pierre et l’air. Là, le bleu avance à pas feutrés. Il glisse dans les creux, s’accroche aux failles, s’attarde sur les silences. Il ne cherche pas à dominer : il habite.
C’est dans cet entre-deux que naissent mes céramiques. Non comme des objets figés, mais comme des formes traversées, poreuses à l’invisible, ouvertes au souffle du monde. Chaque pièce est une île, un fragment de glacier, un éclat de temps minéral qui semble avoir retenu le murmure de l’origine. Le bleu qui parcourt les œuvres n’est pas une couleur. C’est un élan, un frisson, une vibration lente. Il se love dans la matière, y infuse sa lumière froide, son silence ancien. Il raconte les sédiments, les glissements, les érosions douces qui sculptent les paysages intimes. Il évoque les mondes enfouis, les mémoires cristallines, les battements secrets du vivant.
Là où va le bleu, on ne parle plus — on écoute.
On écoute la terre respirer, les volumes vibrer, les fractures se souvenir. On suit la trace du geste, un trait de pinceau dans la porcelaine, que le céladon révèle sans imposer. On marche à pas lents sur le fil tendu entre l’éphémère et l’éternel. Ici, la céramique devient lieu, paysage immatériel. Lieu de passage, de contemplation. Un seuil fragile, ouvert sur l’infini.