Jérôme Delépine

C’est avec fascination que j’ai découvert le travail pictural de Jérôme Delépine. Au premier coup d’oeil, ses toiles évoquent Turner, Rembrandt parfois, et les dernières toiles de Goya. Elles me font penser aussi à un artiste beaucoup moins connu, le photographe Miroslav Tichy qui, à l’époque où débutait la course aux mégapixels, empruntait le chemin inverse en bricolant des appareils rudimentaires pour obtenir des photos floues, d’une étrangeté fantomatique.

Jérôme Delépine souffre d’une déficience visuelle. De sa maladie des yeux, il a fait une force. Son art est visionnaire et cette vision détrône l’observation du réel. Il dit peindre souvent en musique - et cela m’apparait comme une évidence. Il dit que pour lui la peinture est mémoire - et je dirai assurément la même chose de la musique. Il parle fort bien de son art, et évoque cette « persistance quasi rétinienne d’images qui l’ont impressionné » , de cet effet spectral qui anime sa peinture - et cela résonne profondément en moi. Étrange comme deux formes d’art éloignées (la peinture est immobile et la musique, insaisissable, n’est que mouvement) peuvent se répondre mystérieusement. Son art se nourrit de l’art, c’est là sa force, et c’est sans doute pour cela que j’y suis si sensible.