Catherine Legrand
Durant toute son enfance, le dessin et le modelage ont été le seul lien équilibrant qu'elle ait eu avec le monde. Aujourd'hui, elle se dit être rescapée d'une souffrance qui aurait pu la conduire vers la marginalité, voire même la maladie mentale, si elle n'avait eu recours à la création. Un contexte familial perturbant sur le plan émotionnel l'empêchait de se concentrer sur le travail scolaire et ce n'est que par l'expression graphique et manuelle qu'elle a trouvé le fil qui lui a permis d'atteindre l'âge adulte et faire des études universitaires en arts plastiques et en histoire de l'art pour devenir ensuite, pendant quelques années, professeur d'Arts Plastiques.
Rétrospectivement, elle a compris l'aspect salvateur et thérapeutique de l'acte créatif, celui qu'elle avait éprouvé elle-même, et c'est pour cette raison que son intérêt s'est porté sur l'aide aux personnes en souffrance psychologique et qu'elle s'est définitivement tournée vers l'art thérapie et a abandonné l'enseignement.
Dans le même temps, la psychanalyse qu'elle a suivie durant de nombreuses années ainsi que le contact avec les personnes souffrant de troubles psychiques au sein des ateliers qu'elle animait en établissement psychiatrique ont progressivement révélé chez elle sa véritable écriture artistique. Dès lors, sans qu'elle en ait eu véritablement le choix, « l'Art Singulier » s'est imposé à elle, comme une évidence. Fini l'art officiel soumis au conditionnement culturel, place à l'expression libre et personnelle.
Aujourd'hui, ses personnages très stylisés tels des ombres, semblent sortir des tréfonds de nous-mêmes. Ils sont en papier mâché, fer, bois, objets récupérés, assemblés sans complaisance. Monstres ou divinités, ils représentent des foules en errance, en quête d'exister.